
Vingt minutes à peine après la reprise des essais, le vacarme des bolides cesse brutalement. Le Dr Alain Kind, directeur médical des 24 Heures, redoute plus que tout ce silence. La course est arrêtée. Les équipes de désincarcération et les médecins du poste médical à proximité plongent en l'espace de quelques secondes sur la Peugeot 908 de Marc Gené qui s'est envolée à 270 km/h. Le diagnostic du Dr Kind tombe : «Cela vient de cogner très fort juste après le virage Porsche.» En contact radio avec l'équipe de médecins en intervention sur la piste, chacun retient son souffle et les regards sont figés. Miraculeusement, Marc Gené s'en tire avec une simple luxation de la phalange qui a été immédiatement réduite au Centre médico chirurgical du Mans, situé à proximité du circuit.
Jean-Pierre Buisson, ostéopathe du team Peugeot total, qui craignait dans un premier temps une fracture du gros orteil reconnaît que le pilote «a été un peu secoué sur le coup car il s'agissait d'une sacrée cabriole, mais finalement cela ne lui a fait ni chaud ni froid». Il affirme que Marc Gené souhaitait remonter dans la voiture trois heures après l'accident. Jean-Pierre Buisson reconnaît bien là l'une des caractéristiques de «ses hommes qui disposent d'une résistance au stress et d'une gestion de l'émotif hors du commun».
«Il va pourtant falloir tenir compte de ce qui s'est passé», affirme Jean-Pierre Buisson. Lui qui a veillé sur la préparation physique et psychologique des pilotes Peugeot tout l'hiver dernier, reconnaît que malgré toutes les précautions prises, la forte personnalité de ces «ultra égoïstes» finit par prendre le dessus. «Ils ne peuvent pas boucler leur harnais sans se dépasser même aux essais, mais comment leur reprocher ? Ils sont fabriqués pour ça.»
Pour encadrer ces exploits, pas moins de 40 urgentistes anesthésistes et réanimateurs, pilotés eux... par le Docteur Isabelle Villeret, sont postés à tous les points névralgiques de la piste. Simultanément, vingt médecins coordonnés par le médecin urgentiste Bruno Rohée gèrent les problèmes rencontrés avec le public. En effet, l'accueil de 250 000 personnes sur le circuit ne reste pas une mince affaire. «Nous gérons aussi les arrêts cardiaques et les fausses couches», l'envers du décor est aussi hautement médicalisé, explique le Dr Alain Kind.
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